Alors cette Boisson 2026 ?
Il y a un an presque jour pour jour, une inconnue classée 361e mondiale entrait Porte d'Auteuil avec une wildcard et ressortait demi-finaliste après avoir battu Bucșa, Krueger, Putintseva, Pegula et Andreeva. Loïs Boisson, 23 ans, droitière dijonnaise, avait révélé au monde entier un coup droit à topspin lourd absolument unique sur le circuit féminin. Des trajectoires bondissantes que Sinner qualifiait d'amazing clay-court style, un jeu qui rappelait à Guy Forget la touche d'un Lorenzo Musetti. La variation, la profondeur, la capacité à décaler sur le coup droit depuis n'importe quelle position. Première wildcard à atteindre les demi-finales de Roland-Garros dans l'ère Open, première Française dans le dernier carré depuis Bartoli en 2011. Une terrienne dans un registre rarement vu chez les femmes.
Douze mois plus tard, la même Boisson revient avec 50e mondiale autour du cou, des blessures accumulées depuis l'US Open 2025 et huit mois hors des courts. Un retour en avril 2026 marqué par trois défaites de suite à Madrid, Rome et Parme. Une seule victoire depuis son retour, contre Wang Xinyu à Strasbourg depuis 5-2 dans le deuxième set. Et le retour dans son équipe de Florian Reynet, son entraîneur lors de l'épopée de 2025 dont le départ avait coïncidé avec le début des mésaventures. Les données depuis son retour de blessure sont éloquentes : Match Efficiency à 0.766, seulement 16.3% de return games gagnés, Breakpoints Prevail à 0.364. Ce n'est pas la Boisson de 2025. Pas encore.
Anna Kalinskaya, 27 ans, WTA 22, coachée par l'Argentine Patricia Tarabini depuis bientôt sept ans dans une continuité rare sur le circuit, assume sans complexe ne pas se sentir naturellement à l'aise sur terre battue. Elle parle elle-même de situation-ship avec la surface. Pourtant sa saison 2026 montre une progression réelle : QF à Doha, QF à Charleston, R16 à Rome en battant Siniakova et Bencic. Elle arrive sans points à défendre, sans pression de résultat, et avec du rythme dans les jambes. Ses indicateurs clay 2026 sur 52 semaines sont solides : Match Efficiency à 1.783, 56.5% de balles de break converties, 100% de tiebreaks gagnés. Sa carrière sur terre WTA affiche 22-27, elle n'est pas une terrienne née, mais elle s'y adapte mieux que jamais.
Le duel tactique est là où tout se joue. Boisson frappe lourd avec un topspin qui force ses adversaires à défendre loin de la ligne et construit par accumulation de pression. Kalinskaya aime prendre la balle tôt, frapper flat et court-circuiter les échanges. La terre parisienne et les balles Wilson vont mécaniquement ralentir le tempo de la Russe et allonger les échanges, ce qui structure le match en faveur de Boisson si elle est à son niveau. Mais les stats depuis le retour de blessure montrent une joueuse qui ne brise presque plus et qui peine à imposer son jeu. Le coup droit à topspin est toujours là. Les jambes et le rythme compétitif, moins.


